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Умом Россию не понять,
Аршином общим не измерить:
У ней особенная стать -
В Россию можно только верить.

Nul mètre usuel ne la mesure,
Nulle raison ne la conçoit.
La Russie a une stature
Qui ne se livre qu'à la foi.

Fiodor Tiouttchev (1866)

 

 

Да, и такой, моя Россия,
Ты всех краев дороже мне.
А. Блок


Люби Россию, ибо она мать твоя, и ничто в мире не заменит тебе её.
Казачья заповедь

 


Праздники России


 
27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 14:44

Encore quelques photos tirées du précieux livre de Jacques Ferrand sur les princes Youssoupov et les comtes Soumarokov-Elston. Une petite nouveauté: des extraits des "Mémoires" de Félix Youssoupov (1887-1967). J'avais seulement leur traduction russe. Depuis ce matin, j'ai le texte original en français (Editions du Rocher, 2005) !
youssoupoff.JPG
J'ai choisi les extraits qui parlent de la Corse car il y a quelque temps, j'ai découvert le site de l'association Kalinka-Machja (Russes et Ukrainiens en Corse). J'y ai surtout découvert l'histoire du comte Pozzo di Borgo, le "Corse du tsar". Très intéressant ! Quelque part, le nom du prince Youssoupov a dû apparaître (en parlant de "Chez Tao" probablement). Donc, un petit hommage aux liens entre la Russie et la Corse sur mon blog !

"En exil"
Chapitre VIII
1924-1925
Voyage en Corse. - Nous achetons deux maisons à Calvi. - La gentillesse des Corses.
p. 301

     Un désir impérieux de me changer les idées me fit proposer à Irina un voyage en auto. Prenant pour tout bagage une valise et ma guitare, nous montâmes avec notre carlin favori dans notre petite voiture à deux places: "A droite ou à gauche?" demandai-je à Irina. "A droite", dit-elle. Et nous arrivâmes à Marseille.
     Un bateau était en partance pour la Corse. Le temps d'y embarquer la voiture et nos personnes, nous étions partis pour l' "Ile de Beauté".
     Nous la parcourûmes en tous sens, et lorsque nous arrivâmes à Calvi, notre enchantement était à son comble. Une maison était à vendre pour un prix dérisoire dans la citadelle. Sans même nous donner le temps de réfléchir, nous l'achetâmes, ainsi qu'une ferme dans la campagne toute proche.
     Les Corses nous furent immédiatement sympathiques. C'est un peuple intelligent, spontané, hospitalier et d'une loyauté peu commune. Si j'avais rencontré un "bandit corse" - sans doute aujourd'hui un mythe -, je lui aurais accordé ma confiance plus volontiers qu'à certaines gens que j'ai connues à Paris, Londres ou New York.
     La gentillesse de la population à notre égard était touchante. Comme nous avions exprimé devant les gens du pays le regret que le jardin de la ferme manquât de fleurs, nous le trouvâmes, l'année suivante, entièrement fleuri par leurs soins. Dans les cafés du port, où nous allions souvent entendre chanter les pêcheurs, ceux-ci ne manquaient pas de nous offrir à boire.
     Une femme du pays, Restitude Orsini, qui faisait notre service quand nous étions à Calvi, eut un geste particulièrement émouvant. Ayant eu connaissance de nos difficultés d'argent, elle vint tout exprès à Paris nous apporter ses économies.
     Une autre année, me trouvant seul à Calvi, j'habitais la ferme et y avais organisé un souper pour les pêcheurs. A la tombée du jour, je vis arriver une caravane de voitures qui apportaient, avec mes invités, tout un ravitaillement: langoustes, cabris, fruits divers en abondance et boissons variées: vin, champagne, cognac, liqueurs, etc... Ils avaient même apporté des lampions multicolores qu'ils suspendirent aux branches. En un instant, le jardin illuminé prit un air de fête. Devant mon air étonné et un peu inquiet, ils crurent devoir me rassurer: "Ne vous en faites pas, nous n'allons pas vous présenter la note !"


youssoupov3En Crimée? Non, à Calvi. La princesse Irina Alexandrovna Youssoupov, née princesse de Russie, en 1924 (collection du prince Michel F. Romanov).
youssoupov4.JPG
"En exil"
Chapitre XI
1928
Départ en groupe pour Calvi.
pp. 328-329

     J'écrivis à Irina que je l'attendrais à Calvi et partis pour Paris où je trouvai Hélène Trofimoff et mon ami caucasien Taoukan Kerefoff auxquels j'offris de m'accompagner en Corse. Nous partîmes ensemble en voiture pour Marseille. Je connaissais là un antiquaire chez qui je savais pouvoir trouver à bon compte des meubles anciens et divers objets dont j'avais besoin pour notre maison de Calvi. Dans un bistro du Vieux Port où nous dinions, nous entendîmes deux excellents musiciens: un guitariste et un joueur de flûte de Pan. Pensant qu'ils feraient merveille pour nos soirées de Calvi, je les engageai séance tenante et, les ayant embarqués dans la voiture, nous partîmes pour Nice, où j'avais donné rendez-vous aux Lareinty ainsi qu'au ménage Kalachnikoff qui devait également se joindre à nous.
     La vieille amie que nous avions fait dîner avec le "professeur Andersen" habitait Nice. Je l'invitai également, ajoutant pour la décider que nous la ferions passer pour une reine voyageant incognito; Hélène Trofimoff serait sa dame d'honneur, et nous tous formerions sa suite !
     Le jour du départ, nous l'attendions sur le quai d'embarquement, au milieu de l'attroupement provoqué par la présence de mes musiciens, et elle monta à bord au son de la guitare et de la flûte. J'avais téléphoné à des amis, à Calvi, pour leur dire de nous préparer une réception digne de la souveraine que j'amenais. Malheureusement, la traversée fut mauvaise et, à l'arrivée, la pauvre reine avait perdu toute son allure. Calvi ne lui fit pas moins un accueil enthousiaste. Les jours suivants se passèrent en excursions dans cette île enchanteresse. Je n'avais qu'une minuscule voiture Rosengart. Or nous étions très nombreux. Je louai un camion ouvert où on plaçait des chaises et un fauteuil pour la "reine". C'est dans ce char à bancs improvisé que nous courions les routes de Corse. Nous allions quelquefois le soir dans les cafés du port et dansions avec les pêcheurs. Nos musiciens nous accompagnaient partout, et j'organisais aussi des sérénades sous la fenêtre de la "reine" qui paraissait au balcon et remerciait en agitant son mouchoir.


youssoupov1Félix Youssoupov et sa fille Irina (future comtesse Chérémétiev) à Calvi, vers 1925 (collection de Mme Xénia Sfyris, petite-fille de Félix)

youssoupov2.JPG
"En exil"
Chapitre XII
1928-1931
Calvi
pp. 334-335

De grands changements s'y étaient produits depuis notre dernier séjour. De nouveaux hôtels avaient été construits. Taoukan Kerefoff qui, lui aussi, était devenu propriétaire à Calvi, avait installé un bar et un restaurant dans la maison - l'ancien archevêché - qu'il avait achetée. Cet établissement, bientôt connu pour le meilleur de l'endroit, demeurait plein jusqu'aux heures les plus tardives. Nous étions souvent réveillés la nuit par le bruit des voitures qui montaient et descendaient. De grands yachts étaient ancrés dans le port, et la plage encombrée de corps nus étendus au soleil. Calvi, envahi de touristes, n'était déjà plus le lieu de rêve et de beauté qui nous avait tant séduits.
[...]
     Presque chaque arrivée de bateau nous amenait des amis qui prenaient pension chez nous pour quelques semaines. Nous finîmes par leur abandonner la maison de la citadelle, devenue trop petite, pour descendre à celle de la ferme. Notre entourage était trop nombreux pour nous permettre une vie calme, et c'étaient tous les jours des excursions ou des promenades en mer. Au cours d'une de ces dernières, Kalachnikoff faillit se noyer. Mon beau-frère Nikita se jeta à l'eau et vint heureusement à son secours. Mais c'était le jour des accidents. En débarquant à Calvi, nous prîmes la voiture pour rentrer. Comme il faisait un clair de lune splendide, je n'avais pas allumé les phares et, à un tournant que je vis mal, la voiture versa dans un fossé plein de figuiers de Barbarie. On connaît les minuscules épines, aussi innombrables que sournoises, dont sont armées ces plantes. Nikita en fut littéralement criblé, ainsi que Punch [le chien de l'auteur], qui était de la partie; de sorte que le médecin appelé pour soigner le premier dut s'occuper aussi du second.

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